Proche de la gare du midi, dans le quartier Cureghem se trouve le CEFA d'Anderlecht, un centre d'éducation et de formation en alternance. En parallèle des cours et de l’alternance en entreprise, du temps est donné pour des ateliers artistiques. Eh oui ! Là-bas, certains enseignants sont convaincus de la force de l’art et de la culture chez les jeunes. Ceci, soutenue par une collaboration étroite avec des structures culturelles. Voici une histoire inspirante dans les coulisses d’une école pas comme les autres.

Encore une année compliquée derrière nous, et pourtant là où les obstacles semblent les plus grands et les mesures les plus strictes - dans le secondaire -, au CEFA les enseignants trouvent des solutions pour maintenir des ateliers artistiques. C’est qu’il y a bien une raison, c’est qu’ils y croient.

Ces ateliers qui offrent la place pour l’expression et la créativité, permettent aux élèves de s’exprimer différemment, de (se) découvrir des talents et d’échapper un peu à un quotidien parfois compliqué ou au contraire, de prendre un sujet difficile à bras le corps – tel le covid - et de s’en emparer. Car il ne faut pas se leurrer, au CEFA ce n’est pas toujours facile d’être élève ni d’être prof. Il y a peu de fierté pour les élèves de se retrouver dans un CEFA, souvent catégorisé au bas de l’échelle du système scolaire et quand on sait ce que le COVID accentue dans la vie de ces jeunes, autant dire que le taux d’absentéisme est élevé. Alors, si ces ateliers permettent au moins de garder le contact avec certains élèves, d’en remotiver, certains enseignants n’hésite pas.

C’est ainsi que démarre l’atelier graffiti, organisé par l’artiste plasticien Régis Bour et accompagné à l’école par Julie Lemenu. Le projet est de travailler à une fresque murale pensée avec les élèves et destinée aux nouveaux locaux de l’école. Au premier atelier, les élèves se présentent assez chétivement, et c’est au fur à mesure des séances que certains se rajoutent, de la section électricité et vente. Ensemble, ils passent d’abord par le dessin, des croquis, essaient ensuite les bombes sur des panneaux en bois pour se préparer à la fresque finale. Régis et Julie forment un duo parfait et complémentaire dans cette collaboration artistique : tous deux sont passionnés par le graffiti, autant par la technique que la philosophie derrière le mouvement. L’un conçoit et prépare le contenu artistique, l’autre soutient ce processus tout en faisant le lien avec l’école et les élèves (questions pratiques/logistiques).

C’est finalement en l’espace de quelques heures et à plusieurs mains, que la fresque est réalisée sur le portail de l’école. Au milieu d’un grand chantier, une fresque en couleur annonce déjà une future vie au bâtiment. À une rue seulement de l’école actuelle, des élèves et enseignants passent pour féliciter le travail. Les participants prennent des photos de leur création, signe qu’ils sont fiers de leur travail.

Cet atelier fait partie du Gratin de cultures, nom donné aux différents ateliers artistiques qui se déroulent sur l’année scolaire et dont le travail final est présenté lors d’un moment festif, le Festivaleke. Cette année aussi l’événement aura lieu dans la salle de spectacle de La Boutique Culturelle. L’occasion de montrer en photo le projet graffiti et de découvrir les autres projets en compagnie d’élèves, enseignants, artistes et partenaires : réalisation de clips, court-métrages, documentaires. Alors que la ville bat son plein en cette après-midi de fin juin, ici, au fond de cette cour tranquille, en petit comité, un vrai moment de partage a lieu !

Tout seul c’est casse gueule

Bien beau ce genre de projet, mais n’oublions pas l’énergie que cela demande. Dominique Ranwez, enseignant de français, à l’initiative de ce projet dès ces débuts il y a maintenant douze ans, se bat pour maintenir ces ateliers, années après années. Le CEFA a su avec le temps tisser un partenariat durable avec La Boutique Culturelle à quelques pas de l’école. Cette structure aide considérablement dans la mise en place des projets, que ce soit par l’écriture de dossiers, la recherche d’artistes intervenants, la mise à disposition de locaux et de matériel. Ce partenariat, comme celui avec Lasso, sont importants pour porter un projet à plusieurs, au sein de l’école, comme à l’extérieur. Et c’est ainsi que petit à petit le CEFA continue à se faire connaître et à tisser des liens avec le tissu associatif à Cureghem, par des rencontres, des découvertes de lieu, des prospections via la carte de quartier, … Cette année scolaire encore un second atelier soutenu par Lasso verra le jour entre une artiste et des élèves, à suivre…