Tous les lundis après-midi, les élèves de l’Institut des Ursulines (Molenbeek) et leur enseignante Brigitte de Backer, se donnaient rendez-vous à la Maison des Cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek-Saint-Jean (MCCS). Au programme: théâtre d’impro en vue de monter sur scène fin avril lors d’une soirée GoodVibes. Mais, comme vous savez, le coronavirus est arrivé... alors on annule ? NON !

Tout a commencé avec le lancement de Good Vibes l’automne 2019. Le concept est simple et efficace: tous les derniers vendredis du mois, la Maison des Cultures organise une soirée dédiée aux talents émergents. Cet événement permet à de jeunes artistes de se lancer, d’expérimenter des choses sur scène que ce soit en théâtre, danse, musique, slam, stand up. C’est Loubna Gaich, à l’initiative du projet et les jeunes d’Imagine#1080 qui se chargent de dénicherles pépites artistiques. La soirée se déroule dans les caves de la MCCS, ce qui rend ce moment encore plus insolite, cozy, avec une bonne ambiance assurée. Move It Kanal soutient cette initiative.

Good Vibes #IMPRO

Le 24 avril, c’est une soirée impro qui était au programme, avec une collaboration pour le coup un peu spéciale: des élèves allaient monter sur scène. Brigitte De Backer, enseignante en éducation plastique, orale et corporelleet habituée de la MCCS, a accepté le pari lancé par Loubna. C’est ainsi qu’elle embarque ses élèves de 6e professionnelle filière technique d’animation socio-culturelle dans cette aventure.

Avec une règle: tout le monde participe à l’entraînement et aux répétitions, puis monteront en définitive sur scène ceux qui se sentent en confiance. Brigitte est bien sûr là pour les former, les mettre en confiance, voire les convaincre, mais en fin de compte ce sont eux qui décideront.

Je leur ai dit : nous sommes tous dans le même bateau pour cette aventure ! Je ne vais pas vous laisser tomber !

- Brigitte

Lorsque l’équipe de Move It Kanal croise le chemin de Brigitte De Backer lors d’un événement Good Vibes, l’envie de travailler ensemble s’impose avec enthousiasme. On saisit d’emblée que ce projet, porté principalementpar l’énergie de l’enseignante, pourrait gagner en soutienavec l’aide d’un professionnel de l’impro. Lasso se met donc en recherche du partenaire idéal, qui saura enrichir l’aventure pour les élèves, comme pour l’enseignante.

C’est ainsi qu’Emilie Perraudeau, artiste et coach d’impro (Art Fabric), entre dans le décor de Good Vibes. Elle rencontre les élèves et Brigitte et le courant passe. Deux workshops en mars se déroulent très bien. Les élèves découvrent de nouvelles techniques d’impro, testent, osent. Plusieurs nous bluffent et nous font rire! Le projet est en bonne voie.

De la scène aux écrans

Puis, comme tout le monde, nous n’étions pas préparés au coronavirus. Très vite les écoles et lieux culturels ferment et Good Vibes est annulée. Un peu perdus, tout le monde s’éparpille. En tant que facilitateur, Lasso tente de rassembler les énergies (et les échanges mails) pour voir si une alternative est possible. Avec une grande réactivité et force d’imagination, la machine se relance. Emilie propose de diriger des défis virtuels, auxquels les élèves pourront répondre par une vidéo. Un groupe WhatsApp est créé pour continuer à garder contact et à communiquer, malgré le confinement. Brigitte encadre le processus, rassemble et motive les troupes

"Tiens, le chat n’a plus de croquettes"

Chaque élève a pour mission de répondre en improa u défi :i ncarner un personnage avec une passion qui intègre la phrase "Tiens, le chat n’a plus de croquettes". Derrière les écrans, Emilie et Brigitte coachent les élèves avec des conseils, suggestions, feedbacks personnalisés. Les vidéos sont récoltées et montées ensemble, afin d’être prêtes pour le grand jour.

Le 24 avril à 20:00, à l’heure où les jeunes devaient monter sur scène, quatre capsules de 5 minutes chacune, dévoilent les réponses improvisées des élèves-et de l’enseignante qui a également joué le jeu – sur les réseaux sociaux. L’expérience est une réussite, comme en témoignent ces quelques retours d’élèves.

C'est une idée géniale de se filmer chez soi et d'improviser une petite scène d'une minute en vidéo. Le résultat des vidéos de chacun était très sympa, et le montage au top. Pendant le tournage j'ai beaucoup ri. J'ai vraiment apprécié. ce petit moment d'improvisation

- Zakia

Pour ma part j’ai beaucoup aimé le challenge c’était sympa à faire et j’ai pris un réel plaisir à entrer dans d’autres personnages.

- Myriam

C’était une chouette expérience, même à la maison. On l’a fait ensemble, moi et ma sœur, elle m’a donné quelques idées, c’était une chouette activité en tout cas. C’était un réel plaisir de travailler avec Emilie,c’était vraiment des chouettes cours.

- Basma

Bien sûr, la forme du projet s’est transformée en cours de route. Troquer une scène pour le virtuel change totalement la donne, ce qui reste une déception pour certains qui auraient aimé jouer devantun public en chair et en os. L’improvisation a également pris une toute autre forme, vu que le thème était communiqué à l’avance et non sur le vif. Mais le virtuel a aussi ses avantages. Pour certains c’était une façon plus sécurisante de se prêter au challengede l’impro. Au final, les 22 élèves ont tous participé !

Screenshot d'une des vidéos

C’était une excellente expérience parce que je suis quelqu’un qui n’est pas très à l’aise devant un grand public, je stresse et perds mes moyens et donc faire ça, ça a pu m’aider, c’était à mon avantage.

- Basma

3J’ai aimé faire la vidéo. J’aurais préféré passer devant un public à la MCCS, mais comme c’était pas possible on a fait comme ça.

- Abdoulaye

Comme les élèves étaient réceptifs, Brigitte et Emilie se sont lancés dans un second défi, pour garder le dynamisme et continuer à tester l’impro via WhatsApp. Mais pour plusieurs raisons, ce défi n’a pas eu autant d’engouement: ramadan, plus de devoirs, fatigue, perte d’énergie, problèmes familiaux,... Pour les adultes aussi, le confinement devenait long et compliqué. Elles sont quand même allées au bout de ce trajet, pour assurer l’accompagnement des élèves, donner une place à toute cette créativité et apprendre de cette expérience.

Certains ont inséré de la musique, des accessoires, et même de l'écriture. Et c'est là que nous voyons la créativité de chaque participant. Même si ils disent qu'ils n'en n'ont pas.

- Emilie

Tips & tricks by Emilie & Brigitte

En cette période, nous sommes tous en recherche de nouvelles approches, d’inspiration, de solutions qui nous ressemblent et nous conviennent. À chacun d’y donner sa réponse. En attendant, voici quelques pistes et conseils que vous partagent Emilie et Brigitte.

En général

  • Avoir un objectif concret
    Le fait que les vidéos ont été diffusées le 24/4 était un vrai motivateur!
  • Trouver une façon accessible et appropriée decommuniquer avec des jeunes
  • Expérimenter
    Ce type de projet peut être l’occasion de réinventer sonmétier
  • Se connaître est un plus!
    Brigitte, les élèves et Emilie, avaient déjà travaillé ensembleavant le confinement.
  • Être flexible& s’adapter au contexte
  • Avoir les conditions qui s’y prêtent
    Pour faire de l’impro il faut être dynamique et y aller.

Emilie – le regard du coach artistique

  • Fixer des consignes simples et claires
    L'important est de pouvoir mettre un cadre comme nous le ferions en atelier. C'est évidemment plus difficile par le biais du virtuel. J'ai fait une vidéo d'explication du défi afin de créer une certaine proximité avec les élèves. L'idée est de les guider dans cet exercice drôle et ludique.
  • L'idée du défi doit être simple
    Que cela ne leur prenne pas trop de temps. Ici c'est deux minutes afin que cela reste improvisé. Nous avons proposé de faire le portrait d'un personnage qu'ils improvisent, avec certaines contraintes. Ensuite ils sont libres d'utiliser ce qu'ils veulent.
  • Ne pas se compliquer la vie techniquement
    Pensez à ce que vous pouvez/savez faire au niveau montage, organisation et créativité. L'idée est de faire avec ce que l'on a et de l'utiliser de façon créative. En improvisation c'est ce qui importe le plus et le résultat final en sera que plus intéressant.
  • Le rôle de l’enseignant est essentielpourla motivation des élèves
    Le fait qu'elle participe aussi au défi est rassembleur je trouve
  • Faire un atelier en temps de confinement = pas de contrainte de salle

Brigitte – le regard de l'enseignante

  • Faire confiance + bonne relation + respect mutuel= le trio essentiel
    Si j’avais eu une relation conflictuelle avec eux, je n’aurais pas pu avoir ça. Il y a des GOOD VIBES entre nous!
  • Y croire et prendre du plaisir tous ensemble!
  • Les stimuler
    Il faut entretenir la motivation, les relancer. Je leur ai dit: si tout le monde fais le défi, je le fais aussi. Je les ai aussi pousséà se stimuler entre eux.
  • Être dans une relation d’échange avec eux
    Si on le fait juste pour obtenir quelque chose, c’est pas la peine! Il ne fautpas que relancer les élèves pour obtenir quelque chose.
  • Approche collective mais aussi individuelle
    La relation individuelle est super importante. Ça passe par décrocher souvent le téléphone, envoyer des petits messages vocaux, se soucier d’eux au-delà du défi et des devoirs.
  • Doubler voire tripler les canaux d’information(mail, WhatsApp, ...)
  • Essayer de les convaincre, mais respecter le choix de chacun
  • Être exigeante & souple
    Les élèves le sentent, je vais être quelqu’un d’intègre, assez stricte mais juste. En même temps, je peux avoir une certaine souplesse. Quand je suis en classe, je suis exigeante et ils le savent. Si ça ne va pas, je vais mettre le doigt sur ce qui ne va pas. J’y mets du temps aussi! Ils doivent faire leur part du chemin aussi! C’est dans les 2 sens et ça ils le savent!

Une bouffée d'air

Malgré le confinement imposé par le coronavirus, la collaboration entre Lasso, l’Institut des Ursulines, Emilie Perraudeau et la MCCS a pu être mené jusqu’au bout. L’expérience fut riche ! La créativité et l’imagination mis en œuvre ontpermis de ne pas baisser les bras et de donner une autre forme à ce projet. Par-dessus tout, il a été possible de garder le lien et d’offrir unepause, une bulle, une bouffée d’air aux élèves, même virtuellement.

Découvrez les créations des élèves sur la page Facebook de Good Vibes.

Envie d’en savoir plus? Des questions? L’équipe de Lasso reste active derrière les écrans. Contactez l’un des membres de l’équipe via ine.vos@lasso.be ou lies.vanhauwere@lasso.be.

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Le projet Move It Kanal, porté par Lasso, et Erasmushogeschool Brussel, a pu être mis en place dans le cadre du programme opérationnel FEDER de la Région de Bruxelles-Capitale. Dans ce cadre, près de 2.1 millions d’euros ont été investis dans le projet, dont 50% ont été pris en charge par les autorités européennes et 50% par la Région. L’objectif poursuivi ici par la programmation FEDER est de renforcer la participation culturelle des jeunes dans le territoire du canal .

Le FEDER (Fonds européen de Développement Régional), est un outil de la politique régionale européenne qui a pour objectif de créer de nouvelles opportunités pour les citoyens européens et de réduire les écarts de niveau de vie entre les régions. C’est un outil d’investissement de solidarité de l’UE, qui influence, grâce aux financements européens et régionaux, notre quotidien à tous.

Le projet est cofinancé par la VGC.